Discipline positive

Eviter le conflit par le jeu : est-ce vraiment efficace ?

Votre enfant pleure car il est en colère et vous voulez le calmer rapidement, vous vous mettez à chanter pour le distraire et il s’apaise ? Votre enfant se chamaille avec son frère ou sa sœur, vous inventez un jeu pour détourner leur attention et le conflit s’arrête immédiatement ? Votre enfant refuse de manger alors vous décidez d’utiliser sa cuillère comme un avion ? J’ai pu lire sur différents blogs que parfois, certains parents conseillaient le jeu pour éviter le conflit à la maison. Mais alors méthode efficace ou fuite du problème ?

Cet article vise à poser les pours et les contres d’une telle méthode dans la gestion des conflits. Si certains trouvent cette méthode plus douce, d’autres peuvent y voir une refus de gérer la problématique de l’enfant. Cette méthode est elle efficace sur la durée ?

 

Pourquoi certains la trouvent efficace

Il faut reconnaître qu’utiliser le jeu pour éviter un conflit est une méthode souvent rapide et efficace sur l’instant. Elle consiste à détourner l’attention de l’enfant d’un problème vers un temps de jeu. Elle permet au parent de gagner du temps, d’éviter de s’énerver et de passer un moment de jeu avec son enfant.

Par exemple, certains parents lorsqu’ils sont en colère et perdent patience face à une situation vont, au lieu de l’exprimer, se mettre à chanter ou imiter le cri d’un animal, etc.

Cependant, selon moi, cette méthode n’est pas efficace sur la durée en tant qu’elle ne donne pas à l’enfant les clés pour comprendre ce qu’il vit en son for intérieur et pour améliorer son comportement à l’avenir.

 

Pourquoi je la déconseille ?

 

« Dire à un enfant qui a mal « ce n’est rien », revient à l’embrouiller, car on nie son impression alors que justement,  il en cherche la confirmation auprès de nous. »

Maria Montessori

 

Cherchons à comprendre ici ‘un enfant qui a mal’ comme un enfant qui vit quelque chose de compliqué que ce soit une blessure physique parce qu’il est tombé ou que ce soit une émotion comme la colère, la tristesse, ou finalement que ce soit l’expression de quelque chose qui se joue au niveau psychologique.

L’enfant qui refuse de manger, qui se chamaille avec son frère ou sa sœur, qui a un comportement qui vous met en colère, est un enfant qui vit quelque chose de compliqué pour lui en son for intérieur.

A ce moment là utiliser le jeu pour gagner du temps et ‘avoir la paix’ en tant que parents revient à rendre confus notre enfant mais aussi à ignorer ce qu’il vit. Certes nous gagnons du temps et de l’énergie sur l’instant mais notre enfant n’apprend pas des conséquences de ses actes (si je fais cela, ça blesse quelqu’un), il n’apprend pas non plus à gérer ses émotions ni à les exprimer (je suis très fâché donc je m’oppose) et pour finir il n’apprend pas non plus à dénouer un conflit (je suis frustré donc je me chamaille avec quelqu’un).

Ce que l’on risque de faire lorsqu’on détourne l’attention de l’enfant par le jeu c’est de lui transmettre le message que ce qu’il vit n’est pas important voir que c’est amusant.

Isabelle Filliozat écrit :

« Le sentiment de soi repose sur la conscience de ses émotions propres. Je suis celui que je me sens être. Si l’enfant n’a pas le droit d’exprimer ce qu’il ressent, si personne ne l’écoute dans ses larmes, ses rages ou ses terreurs, si personne ne valide ses sentiments, ne lui confirme que ce qu’il ressent est juste et qu’il a le droit de ressentir exactement ce qu’il ressent, alors l’enfant peut aller jusqu’à l’effacement de la conscience de ce qu’il éprouve réellement. »

Au cœur des émotions de l’enfant.

Cette réflexion nous mène aussi à rediscuter du sujet de l’autorité. Est-ce que l’autorité c’est : réussir à faire faire à l’enfant tout ce que je souhaite moi, en tant qu’adulte ? Ou alors est-ce que l’autorité c’est : réussir à établir un lien de confiance entre moi et l’enfant, une certaine complicité pour que l’enfant sache que je suis empathique, que je suis à l’écoute de ses besoins tout en respectant les miens et qu’ensemble nous allons avancer dans le respect mutuel ? Cette démarche permet à l’enfant de développer une auto-discipline basée sur la compréhension et le respect des limites de chacun.

En aucun cas il ne s’agit de tout autoriser aux enfants, par exemple selon moi la violence ne devrait jamais être autorisée, elle doit être stopée net. Cependant je peux me montrer à l’écoute des émotions que l’enfant traverse lorsqu’il se met en colère. Ainsi il sera plus à même de poser des mots sur ce qu’il éprouve et d’adapter son comportement.

Le pouvoir de la communication et de l’écoute sont très forts. Donc si vous êtes en colère parce que votre journée a été intense et qu’en rentrant à la maison il faut gérer les conflits des enfants, plutôt que d’en faire un jeu qui apaisera certes immédiatement les enfants verbalisez ce que vous ressentez.

Pour finir je souhaiterais insister sur la parole vraie. Les enfants, en tant qu’ils sont les adultes de demain, ont besoin de se construire et de se construire dans le vrai, dans la réalité. Il est relativement répandu selon moi de parler aux enfants avec des mots drôles, amusants, parfois avec une petite voix, de faire des jeux avec eux au lieu d’exprimer clairement ce qui se joue au niveau humain, de nommer réellement les objets qui nous entourent même si le vocabulaire nous semble compliqué. Je vous invite à repenser l’enfant comme un être capable de comprendre et de réfléchir. Certes il a du chemin à parcourir pour apprendre à gérer tout ce qu’il se joue en lui, mais il peut dès le plus jeune âge comprendre et apprendre. Plus nous lui ferons confiance, plus nous nous exprimerons dans le vrai, plus l’enfant sera à même de devenir un être empathique et auto-discipliné.

 

Alors, comment éviter le conflit ?

Oui, si le jeu est un outil efficace sur l’instant il est certes très tentant de l’utiliser pour les différentes raisons que nous avons pu citer. Cependant si l’on souhaite réellement faire avancer notre enfant sur un chemin de construction humaine profonde nous essayerons d’éviter au maximum ce type de pratiques.

« Si je ne peux pas utiliser le jeu, qu’est-ce que je fais pour dénouer le conflit ? »

Dans l’article sur l’autorité vous trouverez quelques points pouvant vous aider à établir une discipline coopérative. Utilisons tout de même quelques exemples. Comme dit précédemment, l’enfant qui a un « comportement inacceptable » vit quelque chose en lui qu’il a besoin d’exprimer. Cherchons alors avec lui des solutions à son problème en accueillant son émotion avec empathie et en exprimant aussi nos besoins propres en tant qu’adultes.

Prenons quelques exemples :

Mon enfant frappe son frère ou sa sœur parce qu’il veut le jouet que l’autre a :

D’abord on exprimera clairement que cela est interdit : on ne frappe pas quelqu’un, stop. Ensuite on peut demander à l’enfant ce qu’il se passe en montrant que l’on est empathique : « tu sembles très en colère est-ce que c’est parce que tu voulais toi aussi jouer avec ce jouet ? », aider l’enfant à exprimer son émotion à l’autre et établit le lien entre les enfants « tu vois je crois qu’il en avait très envie lui aussi ». Finalement chercher une solution « est-ce que tu penses que quand tu auras fini de jouer avec ce jouet tu pourras le lui prêter ? ». Très souvent les enfants répondront positivement à ce type d’intervention.

Mon enfant refuse d’aller se coucher car il veut encore jouer :

Montrer que l’on comprend l’émotion qu’il vit : « tu es en colère parce que tu voulais encore jouer ? ». Réexpliquer les règles établies de la maison : « je comprends que tu ne sois pas content mais il est temps d’aller te coucher car c’est l’heure pour toi ». Expliquer ensuite l’importance de cette règle : « Je suis inquiète car si tu ne dors pas demain tu risques d’être très fatigué et de ne pas te sentir bien ». Chercher ensuite ensemble une solution : « penses tu que l’on peut laisser ton jeu dans un petit coin pour que demain matin tu le retrouves ? ». Le fait d’exprimer de l’empathie pour l’émotion de l’enfant (c’est-à-dire de la reconnaître) puis d’exprimer nos besoins et inquiétudes permet bien souvent de dénouer le conflit.

Mon enfant a mis beaucoup de désordre dans le salon avec ses jouets et je reçois des invités dans une heure :

Premièrement je suis éventuellement en colère ou angoissée à l’idée de voir tout ce désordre alors que je reçois des gens chez moi. Exprimer mon émotion à l’enfant sans me mettre en colère : « Je suis très inquiète car mes amis arrivent bientôt et nous devons absolument ranger le salon » ou alors vous avez le droit de dire : « je suis en colère (ou découragée) car j’avais rangé le salon et le voilà en désordre ». Sans jugement pour le comportement de l’enfant je peux lui demander de répondre à mon besoin : « penses-tu que tu pourrais les ranger afin que nos invités se sentent bien en arrivant ? ».

Tous ces exemples ne nécessitent pas que l’on joue, ou que l’on rigole avec l’enfant. Il s’agit de parler de ce qu’il vit et de ce que nous vivons. Si pour chacun de ses exemples j’avais utilisé le jeu, cela aurait peut être fonctionné plus rapidement.

J’aurai pu, pour les enfants qui se frappent, « jouer à la bagarre » ou inventer une bataille d’oreillers, j’aurai pu pour l’enfant qui refuse d’aller se coucher jouer au train qui part dans la chambre et l’attraper en rigolant, j’aurai pu pour le rangement exprimer mon découragement ou ma colère par un cri ou une chanson et trouver un moyen ludique de faire ranger à l’enfant. Cependant tout cela aurait peut-être fonctionné une fois mais sur la durée, l’enfant est-il vraiment en mesure de comprendre l’impact de ses actions et de se remettre en question ?

L’avantage de la communication et de la discipline coopérative et de faire comprendre à l’enfant quelque chose de son comportement, quelque chose de ses besoins, de ses émotions et des nôtres. Cela sera donc plus efficace sur la durée.

 

« Ne cherchez pas à éviter  à vos enfants les difficultés de la vie, apprenez-leur à les surmonter. »

Louis Pasteur

Voilà une belle phrase qui nous invite à apprendre à nos enfants ce que c’est que de vivre une émotion, à autoriser nos enfants à ressentir des émotions qu’elles soient positives ou négatives et à leur apprendre à les gérer. Les enfants qui ont en eux les clés pour comprendre leurs émotions et respecter les émotions des autres détiendront les clés pour devenir des adultes autonomes et respectueux.

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