Discipline positive

Repenser son rapport à l’autorité

Si parfois je m’inspire de mes échanges avec les parents dans mon travail, parfois aussi je m’inspire de situations auxquelles j’assiste malgré moi. Récemment, je me suis mise à observer la manière dont nous appliquons généralement l’autorité avec les enfants.

Je me questionne alors, est-ce un combat dans lequel nous cherchons à faire plier le plus faible ? L’autorité se résume-t-elle à cela, au pouvoir, à la force ? Peut-on réellement se construire en pensant qu’on obtient ce que l’on veut en dominant l’autre ?

Je voudrais vous inviter ici à vous questionner sur votre vision de l’autorité. Qu’est ce que l’autorité ? A quoi sert-elle ? Où elle est présente dans la société ?

L’objectif des règles est-il que votre enfant fasse ce que vous souhaitez ou que votre enfant développe une intelligence suffisante pour être autonome et responsable ? Souhaitez-vous développer chez lui sa capacité de décision et de coopération ? Le tout sans vous énerver ?

Avant tout je ne doute pas de la bonne intention que met chaque parent dans l’accompagnement de son enfant. Malgré tout dans la société actuelle il me semble que nous avons une certaine tendance à vouloir « corriger » chez l’enfant les comportements que nous estimons « mauvais ». Je voudrais ici proposer une alternative aux méthodes éducatives appliquées habituellement et qui selon moi cherchent à poser la règle par la force, à imposer sa volonté en créant chez l’enfant la crainte. L’enfant n’est alors pas dans une dynamique de discipline active mais bien dans un rapport dominant-dominé.

Dans L’éducation à la Paix, Maria Montessori parle de notre vision de la paix en utilisant l’image d’une guerre. Suite à la guerre, nous obtenons ce que nous nommons la Paix. Celle-ci correspond finalement à une prise de pouvoir d’un parti et à la soumission de l’autre. 

Ayons l’ambition de voir la paix autrement.

Avant tout il est important de repréciser que personne n’est parfait. L’éducation de votre enfant est aussi un cheminement pour vous et il est absolument normal, et même sain d’être imparfait. Soyez indulgents avec vous-même, reconnaissez vos erreurs devant votre enfant et faites de votre mieux.

Voici quelques pistes pour vous aider à repenser votre autorité dans la coopération.

Les méthodes couramment utilisées

Et qu’on n’est pas toujours conscients d’utiliser.

  • Autoritarisme: Ne laisser aucun espace à l’enfant, poser constamment des règles dans un rapport dominant-dominé, éventuellement imposer par la crainte. L’adulte décide, l’enfant obéit. Nous fonctionnons sur un système de punition-récompense.

Objectif recherché : Étouffer le conflit en ne laissant aucune place à la discussion et conserver une relation d’autorité sur son enfant. Généralement par la peur, l’enfant abdique rapidement.

Résultat : L’adulte domine

  • Permissivité: Laisser l’enfant faire ce qu’il souhaite sans poser de cadre ni de limite,  stéréotype de l’enfant roi. Le parent fait ce que l’enfant souhaite dans le but d’éviter le conflit.

Objectif recherché : Avoir la paix et le calme à la maison (surtout après une longue journée de travail), peur que notre enfant ne nous aime pas, peur d’être « de méchants parents ».

Résultat : L’enfant mène

Une autre solution ?

Coopération :

L’idée est de trouver une approche bienveillante et respectueuse du monde de chacun. Respecter à la fois les besoins de l’adulte et ceux de l’enfant. Liberté dans un cadre strict qui permet à chacun de se sentir respecté. Respect mutuel et communication qui passent par la reconnaissance des émotions que traverse l’enfant.

Attention, rappelons que l’enfant a besoin de repères, de lois, il ne s’agit pas de tout lui céder mais bien de poser des règles pour sa sécurité (morale et physique) et de lui offrir dans un cadre clair une liberté de choix et d’action.

« Il ne s’agit pas d’abandonner l’enfant à lui-même pour qu’il fasse ce qu’il veut mais de lui préparer un milieu où il puisse agir librement »

Maria Montessori

Pour Maria Montessori la discipline et la liberté sont deux notions indissociables et qui sont interconnectées comme un cycle. La liberté ne signifie pas l’absence de règle de même que la discipline ne signifie pas l’autoritarisme. Ces deux notions se complètent et interagissent afin que la liberté de l’enfant puisse s’exercer dans le respect en évoluant dans un cadre clair afin de voir émerger chez lui une discipline intérieure celle qui viendra de lui, de sa volonté propre. On va chercher à développer chez l’enfant une compréhension des règles afin qu’il puisse agir dans son intérêt.

Comment mettre en place une discipline coopérative ?

« La discipline positive est centrée sur l’importance d’établir le lien (de connecter) avant de corriger […] et sur la nécessité d’impliquer les enfants dans la recherche de solution plutôt que de punir leurs erreurs »

La discipline positive, Jane Nelsen

  • Chercher à ne pas utiliser le système de punition/récompense ou le chantage (« si tu ne fais pas ça… »)

Le système de punition/récompense n’aide en aucun cas l’enfant à avoir confiance ni en lui ni en vous. On lui montre que tout se monnaie, pas surprenant alors de voir un enfant nous faire du chantage par la suite (« je ferai ce que tu demandes si je peux avoir cela »).

  • Communiquer – repenser sa façon de parler

Il y a des techniques pour communiquer avec un enfant de manière non violente. De fait, il est possible d’inviter un enfant à faire quelque chose sans ordonner.

Une maman dans un café voulait aller aux toilettes et souhaitait que sa fille l’attende devant la porte. Le café étant ouvert sur la rue cette maman avait visiblement peur pour son enfant. Elle lui a dit « tu m’attends ici et tu ne bouges pas, sinon quand on rentrera à la maison tu seras punie ! »

Cette maman aurait pu dire : « Je souhaiterais que tu m’attendes ici, je suis inquiète car je ne connais pas ce lieu et je ne voudrai pas qu’il t’arrive quelque chose. Tu sembles avoir envie d’aller explorer ce café, peut-être que lorsque j’aurai finis nous pourrions y aller ensemble ? »

  • Expliquer les conséquences directes des choses

Tu ne manges pas : tu risques d’avoir faim plus tard.

Tu mets ta main dans le feu : ça brûle.

Il ne s’agit pas de dire à l’enfant « tu vois je t’avais prévenu » mais bien de l’accompagner dans sa découverte des limites.

  • Faire confiance

Croire que son enfant est fondamentalement bon et qu’il a en lui les capacités pour apprendre le respect et la coopération est essentiel !

Dans ma carrière j’ai souvent entendu « cet enfant là est mal élevé tu n’en tireras rien » ou alors « il te manipule, il le fait exprès » ou encore « il n’est pas normal ». Et si nous décidions d’avoir un nouveau regard sur l’enfant ? Rappelons-nous que tout comportement déviant d’un enfant vient généralement d’une frustration ou d’une difficulté à gérer ou exprimer ses émotions. Faites lui confiance et accueillez tout ce qu’il est dans sa personne profonde pour le respecter au mieux. C’est ainsi que vous serez vous aussi respectés.

  • Encourager l’estime de soi et l’autonomie de l’enfant

En faisant confiance à votre enfant vous l’encouragerez à être autonome et responsable de son comportement et par ce lâcher prise,cette confiance et la reconnaissance de ses émotions vous éveillerez chez lui son estime de soi. Invitez-le à décider pour lui ce qui est bon dans un cadre clair et précis. Aidez-le à découvrir ses propres limites, ses besoins, sa capacité d’empathie et de compréhension des règles de vie commune. Conduisez-le à être autonome et responsable.

Quelques exemples :

A la maison :

Mon enfant ne veut pas manger son repas :

  • Lui expliquer que s’il ne mange pas il risque d’avoir faim plus tard.
  • S’il décide de ne pas manger, lui dire quand aura lieu le prochain repas et que jusque là il ne sera pas possible de manger.
  • S’il accepte laisser le décider de ne pas manger son repas.
  • Si votre enfant réclame à manger avant le repas suivant, lui rappeler avec bienveillance et non-jugement l’évènement qui a eu lieu précédemment et ce qui a été dit.

Il n’est pas nécessaire de lui dire qu’on l’avait prévenu que maintenant il a faim qu’il aurait du vous écouter et manger. Dites-lui que vous comprenez qu’il ait faim car il a peu ou pas mangé et que vous mangerez tout à l’heure. 

A l’école :

Imaginons que lors d’un temps collectif un des enfants ne vous écoute pas, bouge et a du mal à se concentrer. Au lieu de le menacer de le punir voici quelques petites choses que vous pouvez lui proposer :

« Nous avons besoin de calme pour pouvoir parler, si tu n’es pas disponible pour écouter, je te propose d’aller faire autre chose ».

Dans une classe Montessori l’enfant peut éventuellement aller travailler. S’il ne peut pas cherchez lui une tâche à accomplir, quelque chose pour qu’il puisse s’investir.

L’enfant ne peut pas déranger le groupe, car nous avons besoin de silence pour nous entendre, nous concentrer. Cependant s’il n’est pas en mesure d’écouter ou de se concentrer à ce moment là proposez lui une alternative qui respecte son état intérieur à cet instant donné, protège votre groupe et respecte vos besoins.

Reconnaître ses erreurs :

Comme dit précédemment personne n’est parfait et il arrive de perdre patience et de se tromper. Cela est absolument normal. Il n’y a aucun mal à reconnaitre devant un enfant qu’on s’est trompé, au contraire cela lui montrera que l’on peut s’excuser pour un comportement mal ajusté et qu’on peut se faire pardonner.

Par exemple, si vous êtes exténués par votre journée de travail et que votre enfant refuse de vous écouter, supposons que vous perdiez patience. Lorsque vous vous êtes calmés, revenez doucement vers votre enfant et dites-lui : « excuse moi, j’étais très fatigué et je me suis emporté. Je ne devrais pas crier ». Ensuite revenez sur la situation vécue : « tu vois lorsque tu ne m’écoutes pas, c’est difficile pour moi, etc. ».

L’enfant est en mesure de comprendre.

Quoi retenir ?

Avant tout n’oubliez pas que vous êtes en apprentissage parental et qu’il est normal d’être en questionnement. Si vous ne souhaitez pas tomber dans le rapport de force il est important de ne pas chercher à toujours avoir raison et d’essayer autant que possible d’être dans l’écoute. Essayez de comprendre ce que l’enfant devant vous vit, ce qu’il cherche à exprimer. Utilisez beaucoup la communication, verbalisez les émotions que vous vivez et celles que vous croyez déceler en lui. Expliquez à votre enfant les règles importantes et indiscutables de la vie en communauté et cherchez avec lui des solutions. Aidez-le à mettre des mots sur ses émotions et à se faire confiance. Dites-lui lorsque vous avez eu tort.

L’approche de la discipline bienveillante peut prendre un temps d’adaptation, de compréhension de la part l’enfant mais les résultats sur la durée seront bien plus efficaces et respectueux pour chacun ! Plus l’enfant aura été habitué à un cadre permissif ou autoritaire plus le temps d’adaptation à une discipline positive pourra être longue. Si vous maintenez une constance dans vos réponses, et que vous agissez avec bienveillance alors, petit à petit, l’enfant ajustera son comportement.

Pour aller plus loin, on se retrouve ici pour une vidéo sur le thème de la bienveillance éducative.

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