La pédagogie Montessori

Comment repenser sa classe en s’inspirant de la pédagogie Montessori ?

Vous travaillez dans l’éducation nationale et vous vous renseignez depuis quelques temps sur d’autres manières d’enseigner ? Vous souhaitez réfléchir à différentes pistes alternatives à l’éducation traditionnelle ? Ce prochain article est fait pour vous. Nous essayerons de lister les différents points à repenser lorsque l’on souhaite réaménager sa classe et repenser sa manière d’enseigner en s’inspirant de pédagogies alternatives et positives.

L’environnement « physique »

Maria Montessori insiste sur le fait que pour atteindre un enfant il faut agir de manière indirecte, c’est-à-dire sur son environnement pour l’inviter à évoluer selon les principes que nous visons. L’environnement sera alors le lien entre l’enfant et l’éducateur.

Par exemple si je souhaite qu’un enfant soit ordonné je créerai un environnement beau et ordonné ce qui l’invitera lui-même à agir de la sorte. Si je souhaite qu’un enfant fasse attention à son mouvement et soit précis, j’utiliserai du matériel fragile ou cassable afin qu’il se rende compte de son impact sur l’environnement et qu’il travail la précision de son geste.

Voici les changements que l’on peut effectuer au niveau physique dans la classe :

Les groupes d’âges

Quel que soit l’âge des enfants avec lesquels vous travaillez, créer des classes de groupes d’âges mixtes permet aux enfants de développer des compétences sociales intéressantes. Comme expliqués dans l’article sur les écoles Montessori, les groupes d’âge mixtes permettent de créer une cohésion et une entraide comme dans une microsociété.

Pour Maria Montessori il n’est pas naturel de scinder les enfants par âges :

« Une société est intéressante en raison des différents types qui la composent. […] il est inhumain et cruel de mettre ensemble des personnes du même âge. Il en est de même pour les enfants, parce que nous brisons le fil de la vie sociale en lui enlevant ce qui la nourrit »

Maria Montessori, L’esprit absorbant de l’enfant.

Idéalement on regroupera dans la même classe trois âges différents. Bien que ce ne soit pas toujours évident dans les écoles publiques il est toujours possible de trouver d’autres manières de faire se rencontrer les âges. Si vous n’êtes pas en mesure de mélanger les âges au sein des classes, libre à vous de penser à des temps d’entraide entre les classes durant lesquels les enfants sont amenés à se mélanger. Je parle ici d’un autre temps que le temps de « récréation » qui n’est pas forcément un temps construit d’échange et de partage.

Vous pouvez mettre en place des ateliers, de l’aide aux devoirs entre les élèves, la lecture des plus grands aux plus petits, etc.

Le temps de travail

Traditionnellement, à l’école on passe d’une matière à une autre, d’une activité à une autre selon un agenda bien précis. Or il peut-être compliqué pour un enfant, quel que soit son âge, d’être coupé dans un temps de créativité et d’apprentissage. Nous souhaitons, dans le temps de travail libre, laisser au maximum à l’enfant le temps de se réaliser et d’apprendre d’une matière ou d’une activité qui l’intéresse et l’inspire à un moment donné. Le but premier est de ne pas l’interrompre dans un moment d’apprentissage. L’enfant peut alors dans ce temps évoluer à son rythme et recevoir de l’aide individuellement si besoin. Idéalement le temps de travail sans interruption serait d’au minimum 2h30.

Ce long temps de travail permet à l’enfant de passer par différentes phases entre la recherche d’un travail, l’observation des autres, la concentration profonde et la répétition d’une même tâche.

« L’enfant a un esprit capable d’absorber la connaissance. Il a le pouvoir de s’instruire tout seul »

Maria Montessori.

Le travail scolaire

Idéalement je vous invite à penser les activités de la classe de sorte à ce qu’elles soient réalisables seul ou en petit groupe et ce de manière autonome.

Prenez le temps de vous demander ce que vous souhaitez pour vos élèves, quelles notions souhaitez-vous leur inculquer ? De là, selon votre programme scolaire, pensez le milieu avec des exercices et activités qui permettent aux enfants d’acquérir ces notions (cela peut aller des exercices de motricité aux exercices de mathématiques, d’orthographe, etc.).

Ensuite libre à vous de placer ces activités en libre service, ordonnées sur des étagères à la porté des enfants (elles peuvent être sous forme de fiches ou d’activités matérielles). Laissez-leur suffisamment de temps pour s’investir dans celles-ci au cours de la journée.
Il ne s’agit pas là de faire de votre classe une classe Montessori mais bien de favoriser l’autonomie et le plaisir au travail de vos élèves. Pour les enfants plus grands vous pouvez très bien donner des leçons en petits groupes et ensuite laisser les enfants travailler seuls ou à plusieurs sur une activité donnée. L’idée est de ne pas toujours être dans la démonstration et la leçon et de laisser aussi des temps aux enfants pour qu’ils cheminent et cherchent eux-mêmes à approfondir leurs connaissances.

« C’est l’enfant lui-même qui doit s’éduquer, s’élever avec le concours des adultes. Nous déplaçons l’acte éducatif : le centre de l’école n’est plus le maître mais l’enfant. »

Célestin Freinet

Si vous vous intéressez particulièrement aux activités Montessori que l’on peut proposer dans une classe, un article sera bientôt disponible sur ce thème.

L’autonomie

Avant toute chose il faut penser à adapter le matériel à la taille et à la force de l’enfant. Ceci est particulièrement important chez les plus jeunes enfants pour qui les objets qui les entourent peuvent rapidement être trop lourds ou trop grands. Nous veillerons à ce que les tables et les chaises soient à leur taille et à leur force mais aussi le matériel permettant l’autonomie dans la classe. On peut penser à mettre en place : une lieu pour boire de l’eau (soit avec une carafe et des verres soit avec les gourdes des enfants), un espace réservé au matériel de nettoyage de la classe (balais, éponge, torchon, pelle et balayette, etc.), un espace avec du matériel scolaire à disposition (tels que des feuilles blanches, des crayons, un taille crayon, des gommes, etc.), une boîte de mouchoirs ainsi qu’une poubelle à côté, etc.

Il faudrait pouvoir se dire : « les enfants peuvent se mouvoir dans l’espace classe et y travailler sans avoir recours à moi (à l’adulte)  ».

« L’enfant nous demande de l’aider à agir tout seul. »

Maria Montessori

Je vous invite à percevoir la classe dans laquelle évoluent vos élèves non pas comme votre classe mais bien comme la leur. Partant de ce postulat, vous pouvez questionner l’espace dans lequel ils évoluent et l’aménager en fonction.

Essayez de vous mettre dans la posture que rien n’est figé et que c’est votre classe qui doit s’adapter à l’enfant. A chaque fois qu’un enfant vous demande de l’aide pour une tâche ou vous demande un objet qui n’est pas à sa disposition demandez vous comment vous pouvez améliorer cela et si vous pouvez le mettre en place pour que l’enfant soit encore plus autonome.

L’aménagement

On va chercher à ce que la classe soit esthétique et invitante, qu’elle donne envie d’y être, d’y rester et de s’y investir. Nous pouvons donc décorer la classe mais plus celle-ci sera sobre, épurée et belle, plus celle-ci sera propice à la concentration et à l’ordre. L’ordre invite à l’ordre : plus la classe sera belle, ordonnée et bien entretenue plus elle invitera les enfants à cela.

Il m’est arrivé souvent de voir des classes dont les murs étaient recouverts de divers projets des enfants, d’images, de bricolages, de couleurs vives, de décoration enfantine diverses, etc. Je souhaite insister ici sur l’importance d’un lieu beau et épuré qui permette aux enfants de se concentrer sur le matériel éducatif et l’apprentissage plutôt que d’être divertis par toujours plus de décoration.

Je vous invite à réfléchir avec soin à ce qui ornera votre classe et éventuellement vos murs. Idéalement nous veillerons à épurer les murs au maximum (murs blancs, ornés d’un ou deux tableaux d’art qui vous plaisent), à aligner les tables et les étagères de manière harmonieuse, à placer sur les tables de jolis bouquets de fleurs, etc.

De même, essayez de prioriser l’utilisation d’objets vrais. Utilisez des matériaux vrais qui cassent comme le verre. Le fait que les objets soient cassables demande une attention de la part des enfants et un effort dans le soin. Cela encourage aussi l’estime de soi car l’enfant réalise qu’on lui fait confiance en lui confiant ces objets. Vous pouvez également mettre une plante ou un animal dont les enfants seront responsables.

Dans l’image vous pouvez vous inspirer de l’aménagement d’une maison selon le style minimaliste, on cherche à épurer pour ne garder que l’essentiel et le beau.

L’environnement « humain »

Maria Montessori nous dit de travailler sur l’enfant de manière indirecte en agissant sur son environnement pour l’atteindre. Nous avons parlé jusque là de l’environnement physique mais l’éducateur ou le professeur (et même le parent) fait aussi parti de cet environnement. C’est ce que l’on nomme l’environnement « humain ».

Le professeur qui veut changer son mode d’éducation devra aussi travailler sur sa personne pour mieux accompagner les enfants dont il est responsable. Il cherchera à voir la beauté en chaque enfant, à accepter chaque enfant dans son individualité pour l’accompagner au mieux.

La correction

«  Le véritable devoir du maître est d’aider pas de juger »

Maria Montessori.

Bien qu’il semble souvent compliqué pour un enseignant de ne pas corriger le travail d’un élève, la pédagogie Montessori nous invite à repenser notre rôle afin d’être une aide à l’enfant en l’invitant lui-même à prendre conscience de ses erreurs. Maria Montessori nous dit que l’erreur fait parti de toute chose, elle prend d’ailleurs l’exemple des recherches scientifiques dans lesquelles l’erreur a une place à part entière. Tout le monde fait des erreurs et se trompe, cela fait parti de la nature humaine.

Pour elle, une note n’est pas une correction : « pour se corriger, l’enfant doit devenir meilleur […] seuls l’expérience et l’exercice corrigent les erreurs, et l’acquisition des capacités demande un long exercice. […] Correction de l’erreur et perfectionnement ne peuvent survenir que lorsque l’enfant a pu s’exercer à volonté pendant longtemps. »

Il ne s’agit donc pas d’ignorer l’erreur mais bien de donner des clés aux enfants afin qu’ils puissent eux-mêmes contrôler leurs erreurs et améliorer leurs compétences.

« Une des plus grandes conquêtes de la liberté psychique, c’est de se rendre compte que nous pouvons en commettre (des erreurs) et que nous pouvons les reconnaître et les contrôler sans l’aide de personne. »

 Maria Montessori, L’esprit absorbant de l’Enfant.

Comment mettre cela en pratique me direz vous. Plusieurs outils sont à penser à la lumière de cette réflexion. Par exemple si les enfants travaillent sur des fiches exercices vous pouvez avoir des fiches correction rangées quelque part dans la classe afin qu’ils puissent aller les consulter lorsqu’ils ont fini leur travail. Sinon, si vous faites avec vos élèves des dictées ou des travaux de rédaction mettez à leur disposition des dictionnaires afin qu’ils puissent eux-mêmes corriger leurs erreurs.

Soyez dans l’observation de vos élèves, disponible en cas de besoin pour les épauler. Il s’agit de modifier sa posture de professeur détenant le savoir à « aide à l’apprentissage ». En guidant vos élèves vers l’apprentissage autonome vous leur donnerez les clés du plaisir au travail et de l’estime d’eux même à travers leur propre réussite.

Autorité

Si vous souhaitez repenser votre rapport à l’autorité, ces articles ici et ici vous aideront sans doute.

« L’enfant qui participe à une activité qui le passionne se discipline automatiquement. »

Célestin Freinet

Il est de notre ressort de changer notre regard sur l’enfant et sur les comportements « difficiles ». Un enfant qui s’ennuie, ou qui se sent en difficulté pourra avoir un comportement que nous jugerons d’incorrect. Il est de notre responsabilité de chercher avec lui comment améliorer son expérience à l’école.

Il est important dans l’accompagnement d’un enfant de manière positive et bienveillante de viser à développer chez lui son autonomie, sa confiance en soi et son estime de lui. A nous donc de lui montrer notre confiance en ses capacités, à l’aider à approfondir une notion lorsque celui-ci a eu des difficultés à un exercice ou un examen, etc.

Comme dit précédemment si l’on souhaite qu’un enfant modifie son comportement nous devons agir de manière indirecte. Par exemple si vous souhaitez qu’un enfant parle moins fort essayez de lui parler à voix très basse, ainsi il prendra conscience par lui-même qu’il parle fort et pourra de lui-même baisser à son tour sa voix.

Il faut garder à l’esprit qu’aménager sa classe de manière différente et repenser son rapport à l’enfant à la lumière de toutes ces nouvelles notions est un travail qui s’inscrit dans le temps. Avec tous ces outils, vous possédez désormais une base pour mettre en place certains grands principes de la pédagogie Montessori.

Si par ailleurs vous souhaitez vous former à la pédagogie Montessori vous trouverez des informations auprès de l’Association Montessori de France ou alors de l’Institut Supérieur Maria Montessori. D’autres centres de formations ouvrent régulièrement en France ou dans le monde, libre à vous de trouver celui qui vous correspond.

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