Transmettre vos valeurs

Cinq clés pour favoriser l’estime de soi chez l’enfant

Il y a quelques mois j’ai été invité à une conférence sur le Syndrome de l’imposteur.

Suite à celle-ci a eu lieu un échange entre les participants durant lequel j’ai été amené à réfléchir au modèle éducatif dans lequel ces personnes avaient pu évoluer en tant qu’enfants. Beaucoup disaient se reconnaître dans ce « syndrome » : manque de confiance en eux, sentiment de ne pas être capable, d’être moins bons que d’autres, découragement, etc. De cela semblait découler pour certains un désinvestissement général par crainte de l’échec ou pour d’autres une basse estime de leur capacités et du travail accompli.

Cette observation et mon expérience en tant qu’éducatrice m’ont donné envie de vous partager 5 clés pour construire la confiance en soi et l’estime de soi chez l’enfant.

 

  1. Se détacher du regard de l’autre
  2. Autonomie et indépendance
  3. Le droit à l’erreur (non-jugement)
  4. Prendre en compte son avis et ses émotions
  5. Coopération plutôt que compétition

 

  1. Se détacher du regard de l’autre

Détacher l’enfant du regard de l’adulte c’est-à-dire encourager l’enfant à être fier de lui pour lui, pour ce qu’il a accompli. On ne souhaite pas que l’enfant se réjouisse de nous contenter nous en tant que parent, on veut qu’il soit libre de construire sa propre personnalité.

Cela demande de réfléchir à plusieurs points :

L’amour et la sécurité :

Le foyer dans lequel grandit l’enfant sera son premier lien à l’environnement. Celui-ci sera son premier lien d’attachement et son premier rapport à la sécurité. L’enfant a besoin de se sentir aimé inconditionnellement. Il a besoin de savoir que vous serez là quoi qu’il fasse. Ce premier cadre sécurisant posé, il pourra aller vers le monde extérieur et s’épanouir.

L’aider à prendre conscience de ses capacités :

On souhaite ici à rendre notre enfant indépendant, c’est-à-dire à ce qu’il fasse les choses lui-même mais aussi pour lui-même. Si l’on souhaite encourager cette fierté de soi chez un enfant nous allons chercher à nous réjouir avec lui de ses réussites. Je vous invite à être ici le porte parole de ce que vit l’enfant intérieurement, vous êtes comme le traducteur des émotions qu’il vit. Lorsque votre enfant vient chercher votre approbation après avoir réalisé quelque chose vous pouvez lui dire « c’est un grand travail que tu as accomplis là, tu dois être fier de toi » s’il dit oui alors vous pouvez lui répondre « qu’est-ce que je suis content pour toi de cette fierté, de cette joie ». Privilégiez le « je sens, je vois, il me semble » plutôt que le « tu es, tu fais, etc. » vous invitez ici l’enfant, avec vos propres observations à poser des mots sur ce qu’il vit. L’enfant qui apprend à se réjouir pour lui-même se détachera petit à petit du besoin d’approbation de l’adulte et ainsi plus tard de l’avis et du regard des autres.

Je prendrai un exemple simple. En tant qu’adultes, imaginons que vous vous promenez avec un ami dans un musée d’art moderne. Pensez-vous que ce que votre ami trouvera beau vous le trouverez beau aussi et inversement ? En effet, la beauté ou la réussite tient de ma vision des choses personnelle. Qui suis-je pour juger un dessin de « beau » ou de « pas beau » ? Evidemment me direz vous vous n’allez pas dire à votre enfant que son dessin est laid. Mais peut-on dire simplement à l’enfant qui nous demande : « il est beau mon dessin ? », « toi comment le trouves tu ton dessin ? » si l’enfant dit « beau », réjouissez vous pour lui ! Et s’il dit  « laid » alors nous pouvons lui demander ce qu’il souhaite en faire. Il peut le jeter, comme il peut le garder, ou recommencer.

Evidemment parfois en tant que parents on se sent fier de son enfant, on a envie de le lui dire. Ou alors on estime qu’il a accomplis un grand travail mais lui ne semble pas fier. Comment alors exprimer tout cela avec délicatesse et bienveillance ? Le point suivant nous aidera.

Encourager plutôt que complimenter :

Dans La Discipline Positive, Jane Nelsen fait la juste distinction entre le compliment qui se défini comme « exprimer un jugement favorable » et l’encouragement « stimuler, insuffler du courage ». Le compliment se base uniquement sur l’opinion de l’autre pour juger alors que l’encouragement reconnaît l’effort et invite à s’investir encore plus. Nous allons chercher à encourager plutôt qu’à complimenter.

Par exemple au lieu de dire à un enfant qui vous écoute : « tu es un gentil petit garçon » vous pouvez lui dire « tu t’es beaucoup concentré pour m’écouter jusqu’au bout, j’apprécie cela ». On est dans le sentiment que son action a créé chez moi et non dans le jugement de la personne qu’il est.

« A terme, les compliments risque de rendre les enfants dépendants de l’approbation de l’adulte et du regard des autres. […] En revanche, l’encouragement, lui, participe à long terme au développement de la confiance en soi. »

Jane Nelsen

Pour étoffer son propos elle se base sur l’étude du docteur Carol Dweck qui conclue que les enfants ayant pour habitude de recevoir des compliments auront plus tendance à choisir les tâches faciles afin de ne pas risquer de commettre d’erreurs, face à cela elle oppose une autre étude qui nous montre que les enfants ayant pour habitude d’être encouragés auront plus tendance à choisir des tâches plus difficiles.

On peut bien voir là lorsqu’il y a compliment il peut y avoir une remarque (souvent négative) alors que l’encouragement est constant. Quelle que soit la tâche si nous nous efforçons d’encourager nos enfants ils auront tendance à se sentir capables d’accomplir de grandes choses. L’effet donc du compliment est très restreint car une fois ce sera compliment, une fois remarque. L’encouragement lui s’inscrit dans la durée.

  1. Autonomie et indépendance

Agir sur son environnement :

L’intérêt ici est aussi de penser l’environnement pour l’enfant afin que celui-ci puisse se mouvoir et agir sans demander sans cesse de l’aide. Pour quelques idées de réaménagement de la maison je vous invite à aller voir : aménager la chambre de mon enfant et dans la cuisine. L’enfant qui peut s’habiller, prendre soin de lui, s’occuper sans avoir sans cesse besoin de faire appel à l’adulte gagnera en confiance en lui et en ses capacités. Les enfants grandissent beaucoup en imitant les adultes, si donc l’environnement est pensé de sorte à ce que l’enfant puisse prendre des initiatives et réaliser des tâches qui lui semblaient difficiles (comme mettre la table ou s’habiller seul) alors l’enfant ressortira nourri et encore plus confiant. Le fait aussi que vous mettiez les choses à dispositions montrent que vous lui faites confiance pour se mouvoir dans l’espace. La confiance que vous avez en votre enfant le nourrira aussi profondément.

Liberté de choix :

Rendre les choses accessibles permet à l’enfant de décider quand il souhaite faire quoi. Il devient donc autonome à plusieurs niveaux mais peut aussi décider quand il souhaite aller se reposer, quand il souhaite utiliser un jouet ou mettre ses chaussures, toutes ces petites choses qu’il peut faire sans avoir besoin de vous solliciter font parti de sa liberté de choix. L’enfant qui est libre de décider pour lui gagnera en estime de lui-même au sens où cela lui permettra de prendre conscience de sa capacité à choisir pour lui.

Le risque sain :

Viser l’autonomie pour son enfant demande aussi de lâcher prise sur les risques. En tant que parent on souhaite protéger notre enfant de beaucoup de choses afin de le préserver. Cependant il existe selon moi une notion de risque « sain » c’est-à-dire qu’on va laisser notre enfant prendre des initiatives qui peut-être en tant qu’adulte nous effraient mais qu’il a besoin de traverser pour se construire.

Prenons par exemple un enfant qui essaye de monter seul sur un escabeau : la réaction de l’adulte est souvent de l’aider, ou de mettre une main pour qu’il ne tombe pas et parfois même de porter l’enfant pour faire l’action à sa place. Ce type de réaction, dans le cas où l’enfant n’est pas face à un grand danger, peut nuire à la formation de l’estime de soi car l’enfant peut avoir le sentiment que vous ne lui faites pas confiance pour accomplir cette tâche. Il en est de même pour beaucoup de petites actions que l’enfant a besoin de mener seul : se servir un verre d’eau, couper avec un couteau ou des ciseaux, porter un objet fragile, monter les escaliers, etc.

  1. Le droit à l’erreur (non-jugement)

Je vous le disais dans l’article sur les écoles Montessori, dans une classe Montessori nous ne mettons pas de notes et nous ne corrigeons pas. Nous donnons à l’enfant l’opportunité de découvrir seul qu’il s’est trompé afin qu’il puisse lui-même tirer la fierté de sa réussite en se corrigeant lui-même. Ce n’est donc pas à nous de dire à un enfant si cela est beau, bien, réussi ou son contraire. Il en est de même pour le comportement d’un enfant : tu es gentil, tu ne l’es pas.

Si un comportement négatif chez votre enfant vous blesse et vous choque, vous pouvez absolument lui dire « ça me rend triste de voir que tu ne te sens pas bien, que tu as du mal à m’écouter, que tu frappe quelqu’un, cela m’attriste pour toi car pour faire cela tu ne dois pas te sentir bien toi-même ». Si au contraire je lui dis « tu es un méchant petit garçon/méchante petite fille » vous posez un jugement de valeur personnel.

Le droit à l’erreur c’est aussi accepter que son enfant n’est pas parfait, qu’il a parfois des réactions ou des comportements qui nous étonnent. Nous pouvons être là pour lui montrer comment se relever après un échec par exemple : « tu as essayé très fort, tu pourras encore essayer demain ». Mais aussi lui donner la possibilité de se corriger lui-même et d’arranger les choses.

Prenons l’exemple d’un enfant qui dans une classe de primaire apprend à faire ses lettres en cursives. Souvent les premiers essais seront laborieux, les traits gras, tremblants, etc. mais il se peut aussi que le travail soit bien réalisé dans ce cas nous avons plusieurs choix de réaction.

Option 1 : punir « ton travail est mal réalisé, recommence » OU complimenter « magnifique bravo je suis fier de toi! »

Option 2 : « Oh je vois que tu t’es beaucoup concentré sur ce travail, es-tu content de toi ? »

Si oui : « alors je suis vraiment content pour toi ! »

Si non : « c’était difficile ? Voudrais-tu recommencer ? (maintenant ou plus tard).

Dans ces différents cas de figure l’enfant n’est pas jugé, ni découragé. Il peut juger lui-même son travail à la lumière de l’effort investi et du progrès réalisé depuis la première fois par exemple. N’oubliez cependant pas, même si celui-ci est déçu de son travail de l’encourager. C’est l’occasion de tirer une part positive de la tâche : « tu t’es beaucoup investi, concentré, nous pourrons réessayer demain ».

Si l’enfant a vraiment besoin de s’entraîner :  on peut réinsister sur l’écriture, encourager l’enfant à faire des travaux qui l’invitent à pratiquer les tracés, la motricité de la main, etc. 

  1. Prendre en compte son avis et ses émotions

Le secret de ce point réside dans la communication positive. Il s’agit de prendre en compte les émotions de l’enfant plutôt que de punir ou se fâcher. Communiquer lorsqu’il commet un acte violent par exemple.

Lui demander son avis, respecter son état intérieur, montrer que l’on entend même si nous ne pouvons pas toujours répondre à sa demande immédiatement il est important d’essayer de verbaliser au maximum : « je comprends tu sembles fatigué mais nous devons tout de même aller faire les courses avant de rentrer ».

Reconnaître l’enfant dans ce qu’il est et lui montrer qu’on l’entend lui permettra d’oser s’affirmer et d’exister pour ce qu’il est et ce qu’il ressent. Devoir cacher ses émotions, ou voir son parent se fâcher lorsqu’on cherche à exprimer une émotion qu’on ne sait pas encore verbaliser pourra abîmer la confiance en soi de son enfant et la confiance dans le rapport parent-enfant.

Nous pouvons aussi lui proposer des solutions afin qu’il puisse avec nous décider de ce que nous allons faire. Prenons l’exemple de l’enfant qui est fatigué après l’école et qui veut absolument rentrer à la maison. Cependant vous avez une course urgente à faire que vous ne pouvez pas annuler. Vous vous installez dans la voiture et vous lui dites que vous n’allez pas pouvoir rentrer immédiatement. L’enfant se met à pleurer et crier.

Vous pouvez lui dire : « je vois bien que tu sembles fatigué, tu sais moi aussi j’ai eu une grosse journée. Seulement je dois absolument aller à ce rendez-vous, je ferai mon possible pour que ce soit rapide. Maintenant si tu le souhaites tu peux dormir dans la voiture et lorsque nous arriverons à la maison je te réveillerai. Qu’en penses-tu ? Sinon tu peux rester éveiller et nous pouvons parler de ta journée. Que préfères-tu ? »

L’enfant se sent alors entendu dans son émotion et a la possibilité d’un choix restreint pour répondre à son besoin.

  1. Coopération plutôt que compétition

Il s’agit d’aider l’enfant à apprendre à connaitre ses forces et ses faiblesses, ses capacités et ses besoins. Nous souhaitons l’aider à voir l’autre comme une possible source d’aide et de richesse et non comme un concurrent. Nous avons tous des capacités différentes certains ont plus de facilités ou d’intérêt dans un domaine que dans un autre. Je vous invite donc à chercher à inculquer à votre enfant les valeurs d’entraide et de partage. Cela passe par l’acceptation de l’autre dans sa différence mais aussi par le développement de l’empathie. La reconnaissance des capacités de l’autre, l’enfant va y être confronté tôt lorsqu’il va être amené à rencontrer d’autres enfants plus grands que lui qui seront comme un modèle vers lequel tendre. On cherchera à faire vivre à l’enfant quelque chose de la relation à l’autre dans l’entraide. Le lien avec l’autre peut alors être là pour que l’on puisse s’élever mutuellement plutôt que se rabaisser et se comparer.

Comment aider mon enfant à cheminer vers cela ?

L’empathie se travaille au quotidien, dans le travail que devra faire l’enfant à comprendre l’autre et son ressenti. Nous en avons parlé dans l’article sur demander pardon, l’enfant doit comprendre qu’il a un impact sur l’autre et apprendre à gérer cela. D’autre part, je vous rappelle que vous êtes un modèle pour votre enfant. Si vous lui partagez votre amour et votre bienveillance pour les autres il y sera plus facilement amené.

En tant que parent, je vous invite aussi à une petite introspection. Quel est votre niveau d’estime de vous ? Comment dans votre quotidien incarnez-vous cela ? Avoir confiance en soi et en ses propres capacités (que ce soit sa capacité à réussir ou à se corriger) cela pourra être inspirant pour l’enfant. Ce que l’adulte incarne, l’enfant le reproduit. Cela fait appel à l’enfant que vous avez vous-même été. Et cela nous amène dans la belle perspective de l’adulte que votre enfant deviendra.

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